STREET ART DAY 2016

Il y en a certains que ça choque, d’autres que ça fascine. Le street art a peu à peu envahi nos rues, nos espaces, nos vies, parfois sans même que l’on se rende compte que notre environnement quotidien a changé. Parce que notre regard s’est habitué à voir les murs de nos villes perdre de leur blancheur pour arborer des couleurs éclatantes, des messages de détresse, des cris de ralliement. Parce que ce qui nous déplaisait il y a 30 ans fait aujourd’hui le charme de nos villes modernes. Le street-art, aujourd’hui comme à ses ses débuts, nous interroge et nous passionne.

Born to be wild
Vandalisme ou expression artistique ? Taggueurs ou artistes ? Qu’est ce qui donne sa valeur au street art à nos yeux ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que les street artistes ne sont pas des personnes comme les autres. Ils sont sans peur vis à vis du futur. Pour eux, il ne s’agit pas de proposer leur vision du monde sur une toile. Aucune peur que leurs œuvres se dégradent : elles doivent vivre dans leur temps, et disparaitre quand les murs qui les portent disparaissent. Aucune peur des poursuites, de la justice, de la règle. Car tout, dans le street art, est né de la transgression de la loi. Bien sûr le graffiti a toujours existé dans sa forme anonyme. Il fait partie de cet art contestataire qui ne peut vivre que parce que leurs auteurs se cachent pour créer. On en retrouve mêmes certaines traces sur les temples de l’antiquité grecque. Pourtant puis la fin des années 80, les artistes de la rue ont de plus en plus tendance à sortir de l’anonymat pour se faire un nom. On a même vu de véritables icônes du street art se dévoiler au grand public – Banksy, Shepard Fairey, pour les plus connus d’entre eux, mais aussi bien d’autres. Les villes se remplissent eu à peu d’insignes qui les représentent, comme une signature, une pâte reconnaissable. Qui n’a pas déjà croisé les mosaïques énigmatiques de Space Invader dans les rues de Paris ? La signature d’une œuvre de street art prend ainsi peu à peu une valeur comparable à celle qui servent à reconnaître et estimer une toile ou une sculpture.

16th street

16th Street, San Francisco

Pourtant, cette nouvelle médiatisation des artistes de rue pose un certain nombre de questions. Le street art ne serait il pas en train de se ranger ? Avec la perte de l’anonymat et l’entrée plus ou moins controversée dans la légalité, le street art est il en train de perdre son âme ? Difficile de qualifier le street art de contestataire ou de révolutionnaire lorsque l’on voit à quel point il devient populaire et phénomène de mode. On a toujours fait de la contestation la raison d’être du street art, et aujourd’hui on a du mal à pouvoir décemment continuer à dire que le street art choque ou dérange.

Il semble au contraire être entré dans le panthéon des arts à la mode. Et en effet, la contestation meurt avec l’acceptation du street art dans le cadre de l’Art. Aujourd’hui, il est donc nécessaire de repenser le street art non plus seulement par rapport à la portée polémique du message transmis, mais bien en fonction de ses qualités esthétiques et techniques, de l’originalité du projet, et de la nouveauté qui s’en émane. Le temps a fait son œuvre : le street art n’est plus tout jeune, et le seul fait d’en faire n’est plus gage d’originalité et de valeur.

C’est par une suite logique de cette médiatisation que le street art est finalement entré sur le marché de l’art. Comment alors le différencier de l’art contemporain classique, à savoir celui qui utilise un support exclusivement dédié à l’œuvre d’art (alors qu’un mur a une utilité première autre que celle d’accueillir une œuvre) des œuvres de street art ? Là encore cette prise de valeur de l’art ressemble à une trahison. Le street art est par définition l’art qui appartient à la ville et par extension à tout le monde. A-t-il vraiment vocation, à ce titre, à figurer dans les collections permanentes d’un collectionneur professionnel et fortuné ? Seul l’avenir nous dira quelles sont les possibilités d’intégration dans le paysage culturel pour le street art, dont la survie semble menacée par son propre succès.

Jungle

Jungle

Pour l’instant, ceux qui en parlent le mieux sont tout de même ceux qui le connaissent et le créent. Pour mieux comprendre les motivations et les enjeux qui incombent aux street artistes d’aujourd’hui, le mieux reste d’en discuter avec eux. Et Essec&Bab et le BDA sont là pour vous offrir cette possibilité ! La journée du street art, ce 30 mai, est l’occasion de venir rencontrer l’artiste Jungle, qui nous parlera de sa vision de la situation, de son expérience, et des perspectives d’avenir d’un art en constante évolution. On vous y attend nombreux.

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