CONFÉRENCE N°2

« Valeur pédagogique du digital dans l’Art : une accessibilité sans frontière ? » 
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Comment penser la médiation culturelle à l’heure du digital ? Le digital peut-il être un des outils décisifs de la démocratisation des Arts et de la culture ? Le digital n’est-il pas avant tout une expérience artistique amplifiée ?  À qui s’adresse le digital artistique et culturel ?
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Pour essayer de répondre aux problématiques de notre deuxième conférence, nous avons invité trois intervenants passionnants :
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Marcus KREISS, Artiste et fondateur de Souvenirs from Earth
Martial POIRSON, Professeur de l’Université Paris 8-Vincennes-Saint Denis
Philippe RIVIÈRE, Directeur du Multimédia chez Paris Musées
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Modérateur : Florentin AQUENIN

Lectures :

Dans les entrailles du musée virtuel de Google (Les Échos)

Le numérique provoque le monde de la culture (Les Échos)

Pour un humanisme numérique, de Milad Doueihi

Explorer :

Centre d’Art d’Enghien-les-Bains, écritures numériques

Streaming museum

Les rencontres numériques

Art2m

MOOC Digital Media Paris

 

BONUS

Compte-rendu de l’entretien avec Philippe Rivière, Directeur du numérique de Paris Musées (Rencontre du 27/11/2015)

Le numérique dans les institutions culturelles, un véritable « business case »

Nous pourrions imaginer que le travail de Philippe Rivière, directeur du numérique de Paris Musées est avant tout de proposer une modernisation des sites web du réseau des 14 institutions municipales – autrefois gérées en régie directe par la Ville de Paris – et un éventail d’applications pédagogiques que l’on ne présente plus aujourd’hui (par exemple celles réalisées pour les expositions Warhol Unlimited et David Altmejd au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris).

En réalité, le numérique dans les musées tout comme dans les entreprises est une opportunité de redéfinir le système global de gestion. Une opportunité qui s’impose autant par la nécessité d’adapter l’écosystème organisationnel existant aux nouveaux outils numériques alors introduits, que par l’impérieux enjeu d’être dans l’air du temps et de s’inscrire dans l’évolution des usages culturels des visiteurs de musées.

Le BDA de l’ESSEC a eu la chance d’être accueilli par Philippe Rivière dans ses bureaux de Paris Musées dans le Xe arrondissement. En tant qu’association d’une grande école de commerce, nous l’avons interrogé sur la manière de conduire le changement numérique tout en préservant les missions initiales des musées regroupés sous l’égide de Paris Musées.

L’entretien, passionnant, a mis au jour la transversalité inévitable d’un projet numérique.

Tout d’abord, pour Paris  Musées, organisation créée en 2013, il s’agissait de partir de zéro. Carte blanche donc au service multimédia pour proposer un projet numérique aux 14 musées du réseau, dont seulement 6 avaient un site web. Ce qui est à la fois une opportunité comme un obstacle : d’une part le service n’a pas à gérer un système informatique ancien – ce qui peut s’avérer extrêmement compliqué dans un univers rapidement obsolescent – mais de l’autre il faut absolument définir ex nihilo un projet plus que complet, ce qui implique l’acceptation des erreurs éventuelles qui ont malheureusement un coût financier.

Autre difficulté, si les musées sont demandeurs dans le domaine du digital, ils n’ont cependant que des souhaits assez vagues devant les opportunités offertes par le numérique. Que proposer ? Comment hiérarchiser les projets ? Deux axes, en apparence contradictoires, ont été choisis : standardisation et sur-mesure. Désormais, les 14 musées sont sur un pied d’égalité pour leur site web. En parallèle, un effort numérique est réalisé sur les plus grandes expositions ; pour les collections permanentes, cet effort est taillé aux capacités RH de chaque institution.  Cela traduit un souci permanent de réajustement de la focale entre stratégie globale et « sur-mesure » muséal.

Dans ce dernier cas, il s’agit notamment de remplir le contrat de performance signé par Paris Musées envers la Ville de Paris en alliant pertinence des projets numériques (adaptés au profil des équipes de chaque institution) et efficacité de communication. En effet, le numérique pédagogique est très étroitement lié au numérique « communicationnel ». Être en pointe numérique permet un plus grand rayonnement des institutions représentées.

Si la communication et le multimédia avancent naturellement main dans la main, il s’avère qu’au sein des équipes scientifiques des musées, le numérique est tout autant demandé que redouté. Gérer le numérique est donc un subtil exercice de diplomatie pour faire tomber les réticences de certains conservateurs face aux nouveaux outils pédagogiques. Le moyen le plus efficace de collaborer pour offrir des supports technologiques de qualité scientifique ? La preuve par l’exemple. Le Musée d’Art Moderne (MAM), le Palais Galliera et la crypte archéologique de Notre Dame ont été les premiers à sauter le pas notamment grâce à l’appétence de leurs publics pour ces nouveaux outils. Le succès de leurs dispositifs numériques est alors un modèle pour les autres musées.

Quels sont les nouveaux chantiers sur lesquels s’engage Paris Musées ? En plus du Big Data mentionné lors de la deuxième conférence « Art et Digital », il s’agit de développer le web sémantique et l’open data à l’instar d’Images d’Art de la RMN où le réseau Paris Musées est déjà indirectement représenté.

En mars 2016, près de 200 000 notices d’œuvres seront mises en ligne  dans une approche à la fois « historienne de l’art » et grand public. Afin d’enrichir les contenus pédagogiques, le mode collaboratif de Wikipédia sera aussi proposé. Une manière de faciliter ce projet pharaonique de mise en ligne des œuvres, des ressources documentaires et des archives – un million d’œuvres à publier en 4 ans – tout en laissant le public se l’approprier.

Mais une fois tout cela réalisé, le quotidien ne sera pas de tout repos pour Philippe Rivière et ses équipes à Paris Musées. En effet, il faut anticiper l’obsolescence et, partant, les futures difficultés de renouvellement des dispositifs mis en place. Cela représente un coût financier conséquent qui doit être budgété. Mais cela ne saurait être fait pertinemment sans regarder les expérimentations qui se font ailleurs. Les États-Unis s’avèrent un formidable observatoire de nouvelles pratiques numériques dans les musées (cf. la Gallery One du Musée de Cleveland mentionnée dans la conférence lien hypertexte à mettre) qui inspire la France, mais cette dernière n’a pas à en rougir !

Savoir ce qui est en cours d’expérimentation permet de pré-orienter les futurs projets et de se familiariser avec les nouvelles pratiques numériques et leurs outils ad hoc.  Un moyen de prévoir tant les futurs investissements que les potentiels écueils. Ainsi, le département juridique de Paris Musées est attentif aux clauses de réversibilité dans ses cahiers des charges numériques.

Qu’est-ce qui pourrait alors menacer la dynamique du service multimédia de Paris Musées ? Un manque de ressources humaines compétentes pour la pérenniser. D’où la possibilité future d’externaliser une partie des projets numériques ou de faire appel à un mécénat de compétence avec des entreprises en pointe de la technologie telles que Samsung ou Orange.

En somme, le numérique est à la fois un domaine de compétences techniques et un mode de pensée et de gestion. Les institutions publiques, et, dans le cas qui nous intéresse, les structures muséales, ne sont pas épargnées par cet impératif de réflexion numérique. Le cas de Paris Musées est particulièrement instructif car il s’agit d’un réseau de 14 musées singuliers qui ont été regroupés dans une optique de meilleure valorisation auprès des publics et d’économie d’échelle. Le numérique est probablement l’une des meilleures opportunités qui se soient présentées à Paris Musées pour répondre à cette mission de gestion.

Anaïs PAUL, membre du BDA ESSEC

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